Maintenant que je suis reposé, l’aventure peut continuer. Bali toute entière me sépare de l’île de Java, sur laquelle il me faut me rendre avant une heure trop reculée. Si l’on prend en compte le temps indonésien, ça ne va pas être une mince affaire. Je prends un premier ferry au départ de Gili Air, direction Padang Bai, puis de Padang Bai je rejoins Denpasar en minivan. Ensuite, taxi jusqu’à la station de bus « Ubung » à Denpasar, d’où je rejoindrai Gilimanuk, pour prendre un dernier ferry direction Banyuwangi, porte d’entrée de Java. Il est 22h, je suis parti depuis 8h ce matin, et je ne sais pas où je dors.

Un chauffeur de tuk-tuk super sympathique me ramasse et me dépose dans un hôtel à proximité, le Permata Indah Permai. Hourra, je suis arrivé sur Java.

Sommaire de l’article

Carte de Java Orientale

Premier contact avec le peuple de Java

Je suis très vite frappé par le contraste avec ce que j’ai pu voir sur Bali ou Lombok. Les sourires. Par milliers. Dentés ou non, je ne vois que des sourires fendus jusqu’aux oreilles. Banyuwangi n’est pas très belle, mais ses gens sont quant à eux magnifiques.
Je m’essaye aussi à un nouveau mode d’hébergement : le couchsurfing. Dans la journée, je ferai la rencontre du couple qui m’hébergera pour les deux nuits suivantes : Irène et Alex. Ce fut une des plus belles rencontres de ces 6 mois. Attentionnés à un point inimaginable, ils m’ont amené à la rencontre des Javanais lors d’une promenade au détour du marché de Banyuwangi. Ce fut une immersion totale, à tel point que je laisserai l’appareil photo en position « off ». J’y découvre une explosion de sons, d’odeurs, de couleurs, et de saveurs. Mes 5 sens en alerte, je fais face à une multitude de curieux, ma peau blanche attirant l’attention.
De retour à la maison d’Irène et Alex, nous organisons la petite excursion du lendemain.

Ascension du Kawah Ijen

Avoir conquis le Rinjani quelques jours auparavant ne m’aura donné qu’une seule envie : tenter l’ascension d’autres volcans. Et ça tombe bien, parce que l’Indonésie est terre volcanique : elle en compte au moins 150 actifs, dont une cinquantaine sur Java. Le Kawah Ijen (l’un des cônes volcaniques du volcan Ijen) fait parti des plus célèbres, et pour cause : en s’enflammant, les vapeurs de soufre que rejette le volcan prennent une couleur bleu électrique, donnant l’illusion que le volcan crache une lave bleutée. Ce spectacle aux couleurs oniriques n’est visible que si la luminosité est suffisamment basse : il faut donc se rendre au Kawah Ijen de nuit ou peu avant l’aube. Tout comme le Rinjani, le cœur du cratère abrite un joyau bleu turquoise, réputé pour être le lac d’acide sulfurique le plus acide de la planète et profond de 200 mètres.

Le réveil me tire de mes rêves vers 1h du matin, puis je pars sur la pointe des pieds pour ne pas réveiller Irène et Alex qui dorment à poings fermés. Le minivan venant me chercher prend son temps, mais finit par arriver, pile au moment où je pense avoir été oublié (ça marche souvent comme ça).
Tic et Tac, qui nous guideront durant l’épopée, nous donnent des masques à gaz à l’entrée du parc. En effet, le Kawah Ijen rejette en permanence des nuages dont la concentration en hydrogène sulfuré est non négligeable, nuages qui peuvent s’abattre sur vous sans prévenir selon le sens du vent. La montée est d’ailleurs interdite aux personnes asthmatiques ou cardiaques. En soi, l’ascension n’a rien de difficile : en 1h30, je parviens sur l’arête du cratère, à 2200 mètres d’altitude. La descente en son cœur est cependant beaucoup plus délicate : il y a beaucoup de monde, et ça glisse. Mais peu importe, j’entr’aperçois des lueurs bleues au loin, en même temps qu’une odeur très désagréable vient me chatouiller les narines. Au fur et mesure que je descends, l’odeur se fait de plus en plus forte. Malgré le masque, ça pique les yeux, le nez et la gorge. De temps à autres, des nuages fondent sur nous, et là, c’est pour tout le monde le même réflexe : ventre à terre. Mais cette prise de risque en vaut la chandelle, car le spectacle est magnifique (et très mal retranscrit par mes clichés).

Enfin le jour se lève. Les flammes bleues s’évanouissent. Je suis stupéfait par le décor lunaire qui se révèle à moi, contrasté par la couleur turquoise du lac, dans lequel je glisserai une peau de banane, juste pour voir.

Lac d'acide du Kawah Ijen

Les porteurs de souf(f)re du Kawah Ijen

Je découvre, non sans tristesse, l’enfer jaune se cachant dans la gueule du cratère. Chauffé par l’antre de la terre, le soufre venu du lac par les flancs du volcan passe à l’état gazeux, puis est rejeté par des fumerolles, avant de cristalliser, refroidi par la fraîcheur de l’air. Les pépites de soufre pur ainsi formées sont prêtes à être ramassées… Par des mineurs. Sans gants, sans masques, sans rien, ces bonhommes maigres comme des clous, transportent entre 60 et 120 kg de soufre sur les épaules, qu’ils hissent jusqu’à l’arête du cratère, puis de le redescendre jusqu’en bas. Et ce deux ou trois fois par jour. Leur espérance de vie ne dépasse pas 45 ans.

C’est là que je me pose quelques instants, et que j’observe.
J’observe, tous ces touristes, bras levé armé d’une perche, prendre un selfie avec l’angle parfait permettant d’avoir lac, fumée, soufre, porteurs. Tout ceci ressemble à une drôle de mascarade, dans laquelle les porteurs jouent le rôle principal. Souriant, malgré leur dos couvert de kystes et leurs mains calleuses, ils sont plusieurs fois interrompus. Par des touristes sans vergogne qui leur passent devant, qui leur demandent de poser pour une photo, ou pour essayer de porter le chargement. Alors, on les applaudit, on les admire, on les félicite mais… Quelque chose me gêne dans tout ça. Les porteurs sourient, acceptent ou non, et continuent inlassablement leur route, le dos voûté par au moins 60kg de soufre. C’est empreint d’un sentiment de malaise que je repartirai, avec l’impression d’avoir moi aussi participé à cette mascarade en venant faire la visite de ce volcan.

Petit bonus sur le chemin du retour : nous nous arrêtons à une cascade bien sympa, « Air Terjun Jagir » (« air terjun » signifie « cascade »), et j’ai même eu la chance de me faire un nouveau copain !

Le Bromo Puncak B29

Toutes les bonnes choses ont une fin. Le moment est venu de dire au revoir à Irène et Alex, et de m’enfoncer un peu plus vers l’ouest de Java. Je me dirige vers Lumajang, qui constitue l’une des nombreuses portes d’entrée pour visiter le Bromo, un autre volcan très célèbre de la Java orientale. Je déciderai donc de faire un autre volcan (qui m’a été recommandé par Alex) : le Puncak B29. Beaucoup moins connu des touristes étrangers (il y a quand même plusieurs locaux), il offre une vue imprenable sur toute la vallée du parc national de « Bromo-Tengger-Semeru » (et donc sur le Bromo). Venir juste avant l’aube, contempler le soleil levant sur une mer de nuages, seul. Joli programme.

Après une journée de bus plutôt éreintante, j’arrive, comme à mon habitude, à une heure tardive sans savoir où dormir. Un rapide tour des environs sur Google Maps ne révèle que peu d’hébergements, et j’opterai pour la « Green Homestay Lumajang » tenue par Rayan. « Ah, ce fameux Rayan ! » Sous ses belles paroles chargées de « My friends my friends » et ses sourires se cachent en fait un personnage attiré par une seule chose : l’argent.
Au lendemain de cette première nuit, j’ouvre les yeux aux alentours de 10h. Autant dire que c’est raté pour le beau lever de soleil. Peu importe, le ciel fait grise mine. Je ne me décourage pas, Rayan m’emmène (et m’arnaque une première fois) à Senduro, et plus précisément dans le seul café de la ville : Senduro Coffee.

Je ne m’attendais vraiment pas à un tel local : décor très à l’européenne, ambiance jazzy à souhait, Senduro Coffee dispose d’une grande variété de café et de nombreux modes de préparation. Je fais la connaissance du propriétaire des lieux, de son frère Dika et de toute sa famille qui vit juste à côté du café. Je suis invité à déguster un expresso, et à peine ai-je eu le temps de scalper la mousse que foule s’amasse à l’intérieur. Les blancs étant denrée rare dans le coin, c’est l’occasion pour moi de faire mon premier shooting photo.

Bref. Passons aux choses sérieuses. J’enfourche un scooter fraîchement ramené par Dika, et me dirige vers ce fameux sommet. Au bout d’une vingtaine de minutes, deux chemins s’offrent à moi. Des personnes se trouvant là me font comprendre d’emprunter le chemin de gauche. Ravi, je continue ma route… Au bout de 5 minutes, l’asphalte s’est miraculeusement transformée en un mélange de boue et de gros cailloux. Obligé de laisser mon deux-roues (que je garerai chez quelqu’un), je suis interpellé par – tiens tiens que c’est drôle – les personnes qui m’avaient conseillé ce chemin, équipées de motocross. Bien entendu, ces personnes me proposèrent aussitôt de m’amener au sommet moyennant quelques (mais beaucoup trop de) roupies. Je continuerai donc à pied. Je saute tête la première dans les nuages, et découvre peu à peu des paysages très escarpés, mais néanmoins cultivés.

J’imagine le dur labeur des paysans s’occupant de ces terres. Non loin du sommet, je croise des scooters : «Ah tiens, ce doit être la route par laquelle je serais arrivé si j’avais pris le chemin de droite», me dis-je. Et effectivement : La conquête du B29 n’est pas vraiment compliqué, car un parking se trouve à 10 minutes du sommet ! Sommet que je finis par atteindre. Et la frustration est double. Non seulement il ne fait pas beau, mais j’imagine à quel point le décor serait magnifique si cette couverture nuageuse était absente.

Parc National de Bromo Tengger Semeru

Et puis il commence à pleuvoir. Comprenant que ce n’est pas mon jour, je rebrousse chemin. De retour à Senduro Coffee, Dika m’offre du café, et je m’en retourne passer une seconde nuit à « Green Homestay Lumajang » (où Rayan m’arnaque une seconde fois). Le lendemain (où Rayan tentera de m’arnaquer une troisième fois), je tracerai un peu plus mon chemin vers l’ouest de Java.

Conseils pratiques sur Java Orientale

Où dormir à Java Orientale ?

  • Banyuwangi : Permata Indah Permai (négocié à 75 000 IDR / nuit, chambre double avec ventilateur)
    Bruyant car situé le long de la route, mais très bon marché.
  • Lumajang : Green Homestay Lumajang
    Je ne me rappelle plus du prix que j’ai payé, mais quoi qu’il en soit, je ne recommande pas cet établissement.

Où manger / boire un coup à Java Orientale ?

  • Senduro Coffee
    Je ne peux que vous recommander d’aller y boire un café : ambiance cosy, personnel aussi sympathique que la musique, et prix très abordables.

Préparer sa visite du Kawah Ijen

Quel prix pour l’excursion au Kawah Ijen ?

Pour cette excursion, c’est Alex qui s’est occupé de la réservation, et j’en ai eu pour 280 000 IDR, incluant : masques, Tic et Tac, transport A/R Banyuwangi, détour par la petite cascade, prix d’entrée du parc (qui est de 100 000 IDR). Il faut savoir que de manière générale, c’est plus cher, dans les environs de 400 000 IDR + 100 000 IDR de droit d’entrée !

Équipement indispensable pour le trek du Kawah Ijen

L’ascension ne présentant pas vraiment de difficulté, il vous faudra cependant prendre des masques à gaz. De bonne qualité si possible. Les fumées rejetées par le volcan sont vraiment nocives.

Voir les flammes bleues du Kawah Ijen

Pour avoir la chance d’assister à ce spectacle féerique, il vous faudra faire l’ascension de nuit. Le soleil se lève aux alentours de 5h30, la luminosité augmente vers 5h, et il faut bien compter 2h pour atteindre le fond du cratère… je vous laisse faire le calcul.

Quelle agence choisir pour organiser son trek du Kawah Ijen ?

Vu le prix de l’excursion si vous n’avez pas la chance de rencontrer votre Alex, je pense que le mieux pour cette excursion est de la faire en solitaire (voir cet article de confrères pour plus d’informations) :

  1. On loue un scooter à Banyuwangi.
  2. (optionnel) On passe une nuit en homestay ou en guesthouse sur la route entre Banyuwangi et le volcan, qui dure 1h30, pour dormir un peu plus longtemps.
  3. On se lève tôt (pour ne pas rater les flammes bleues), on récupère un masque à gaz dans une guesthouse sur la route ou directement au parc (ça coûte entre 25 000 et 50 000 IDR).
  4. On paye l’accès à la route menant au parc (3000 IDR) puis l’entrée du parc (100 000 IDR).
  5. On est content parce qu’on a économisé beaucoup de roupies.

Guide des transports

  • Denpasar vers Banyuwangi :
    Se rendre tout d’abord à la station de Bus de « Ubung », et prendre un bus vers Gilimanuk (toutes les heures, environ 40 000 IDR). De là, prendre le ferry situé juste à côté de la station de bus vers Banyuwangi (toutes les 15 minutes, 6500 IDR).
  • Banyuwangi vers Lumajang :
    Se rendre au terminal « Karangente » et prendre un premier bus vers Jember (25 000 IDR) où vous descendrez au terminal « Tawang Alun ». De là, reprendre un bus vers Lumajang (15 000 IDR), vous arriverez au terminal « Minak Koncar Lumajang ».

LAISSER UN COMMENTAIRE

Laisser un commentaire !
Entrer votre nom ici