Dans l’avion, je fais la connaissance de Christian, médecin ni-van originaire de Tanna, venant rendre visite à sa famille. Excité comme une puce, je ne ressens même pas cette gêne d’être à des milliers de mètres du sol, habituelle chez moi. Nous nous posons au bout de 40 minutes de vol seulement (et oui, les îles sont vraiment proches les unes des autres) sur le tarmac.

Mon périple au Vanuatu va vraiment commencer, je suis enfin sur l’île au volcan actif le plus accessible du monde ! En arrivant là, je m’attendais à tout sauf à être propulsé sur une île au large de Tanna, aux proportions ridiculement minuscules : Aniwa.

Sommaire de l’article

Carte d’Aniwa

Changement de programme

Pendant la (longue, très longue) attente des bagages, je me fais alpaguer par David. Il s’occupe de la récupération des clients de « Jungle Oasis Bungalow », là où je dois passer mes nuitées. Ce resort se trouve à proximité du volcan, tout à l’est de l’île. L’aéroport étant sur la côte opposée, je suis donc obligé de partir avec David et de payer 5000 VUV marchander pour payer 2000 VUV si je ne veux pas y aller en marchant. Après cette douce mais âpre négociation, je saute à l’arrière d’une jeep débordante d’estoniens, puis nous nous enfonçons à travers la jungle, vers l’est de Tanna.
Je sympathise avec leur leader, Jaanus Plaat, qui me propose de les accompagner sur une petite île nommée Aniwa, le soir même. Mes hébergements étant déjà payés, j’hésite. Jaanus me parle d’une expérience unique, exceptionnelle, incomparable ; je ne l’écoute qu’à moitié et laisse mes pensées errer au gré du vent. Et de la pluie, qui commence à tomber. Ce côté de l’île est en effet beaucoup plus humide et verdoyant car les nuages sont stoppés par les reliefs du centre. J’entends plusieurs fois le tonnerre, et redoute l’orage qui se prépare. C’est en fait le volcan, dont nous nous approchons inexorablement, qui ronronne. Le cône de fumée vient se joindre à la procession des nuages, dans un spectacle que je suis impatient d’observer de plus près !

Soudainement, la jungle laisse place à une vaste étendue de cendres volcaniques, rejetées depuis des millénaires par le Mont Yasur. Ce désert gris aux aspects lunaires a quelque chose de mystique. Les grondements s’intensifient à mesure que l’on se rapproche du volcan, puis je sens de nouveau cette odeur particulière d’hydrogène sulfuré qui rappelle ma descente dans les profondeurs du Kawah Ijen. Émerveillé, je redeviens l’espace d’un instant cet enfant de 5 ans, naïf et insouciant.

C’est décidé, je vais me joindre aux Estoniens et partir pour la petite île d’Aniwa.

Une dangereuse traversée

Sitôt arrivé à mon hébergement, je jette mes affaires sans même prendre le temps de discuter avec Kelson, le propriétaire du resort, prépare un petit sac et rejoint le groupe. David nous dépose sur White Sands beach, une petite plage un peu plus au nord qui n’a de blanc que le nom. Mon enthousiasme jusque là inébranlé et inébranlable redescend d’un cran devant une mer qui est tout sauf d’huile. On ne s’en rend pas compte en bord de plage, car les vagues se brisent sur les récifs, mais au large, l’eau est très agitée. Peu importe, je saute dans notre petit bateau, mi-fougue mi-raison. Notre vaisseau vert bleuté prend finalement le large, mené par un cap’taine (lui-même assisté par son fils) souriant comme un joyeux drille.

Pas moins de cinq minutes plus tard, je suis trempé jusqu’à l’os. Chahuté par la houle, mon corps accueille un maelstrom d’émotions et de sensations qui m’étaient jusqu’alors inconnues. Le vent souffle. Fort. Très fort. À tel point qu’il m’est impossible d’entendre les autres passagers, exceptée Kairit qui se trouve juste à côté de moi. L’eau salée s’infiltre dans mon nez, ma bouche, mes yeux. Le vent fait sécher le tout en un clin d’oeil, jusqu’à ce qu’une lame de fond ne vienne me détremper à nouveau. Le sel me colle à la peau, qui commence à me brûler. Entre deux vagues, le bateau fait les montagnes russes, et s’écrase lourdement à la surface de l’eau. La peinture écaillée en profite pour se craqueler un peu plus, avant de se jeter à la mer.
Je me retourne, pour m’apercevoir que Tanna s’est presque évanouie à l’horizon. Mon inquiétude gonfle, alors que je me trouve quasiment à l’antipode de chez moi, perdu en pleine mer de corail. Parfois, accalmie dans le tumulte des eaux, quelques poissons-volants viennent percer les vagues, leurs robes grises-argentées faisant danser les rayons du soleil. Pour parfaire cette douce symphonie de la mer, une bouteille de bière vide percute la coque à intervalles réguliers, comme pour marquer le tempo. Hypnotisé, j’essaye de marquer ces sensations à jamais dans mon corps et mon esprit.

Il nous faut à tout prix gagner Aniwa avant la nuit, mais le soleil baisse à vue d’œil. Tout le monde est inquiet à part le cap’taine et son fils, toujours aussi hilares. Puis après deux heures de navigation, miracle ! J’aperçois la terre. Mes doigts, cramponnés au bastingage, ont fini par perdre toutes leurs sensations. Puis soudainement, tout s’envole : le vent, les vagues, les poissons. Le calme après la tempête. Nous finissons notre épopée dans une petite crique, où nous sommes salués par plusieurs ni-van qui, comme vous vous en doutez, sourient à pleine dent. Je m’accorde quelques minutes de répit et me retourne afin d’admirer le bouquet final.

L’île d’Aniwa

À peine descendu du bateau, Berryfeli vient nous accueillir. Il est le chef d’Ikoukou, le plus peuplé des trois (ou cinq) villages d’Aniwa. Cette exclave polynésienne de seulement 8 km2 est en fait un atoll surélevé, ce qui veut dire qu’elle est composée d’un ancien récif corallien qui s’est retrouvé émergé. Sur Aniwa, pas loin d’un demi-millier d’habitants chantent leur terre mère et composent des poèmes en son honneur… sans eau courante, ni électricité.

La nuit tombée, nous traversons un bout de jungle avant d’arriver au village. Malgré l’obscurité, les rires des ni-van trahissent leur sourire étincelant. Le chef nous conduit dans une case qui fait office de salle à manger. J’en profite pour discuter un peu avec les différents estoniens, et je découvre une assemblée composée à 80% de docteur, tout comme moi ! Puis Nila, la femme du frère du chef, nous apporte le repas : du manioc, de l’igname (un genre de tubercule proche de la pomme de terre), et des fruits, juteux et sucrés à souhait.
Tandis que la fatigue me gagne, c’est la peau du ventre bien tendue que je regagne ma case. Enfin, je devrais plutôt dire la case du frère du chef, qu’il m’a laissé pour passer ces quelques nuits au bout du monde… Ornant les murs en feuilles de palmier, je découvre des photos de lui, plus jeune, ou encore, oh ! De Cristiano Ronaldo ! Il n’est que 20h, mais il fait déjà nuit noire, et je m’endors, le sourire aux lèvres.

La vie au village

4h55. Je me réveille, le sourire encore accroché aux lèvres. Comme convenu la veille, Berryfeli vient me cueillir à l’entrée de ma case pour m’emmener voir le lever de soleil en bord d’île, avec ses fils. Après quelques minutes de marche dans une jungle encore assoupie, nous arrivons aux abords des récifs coralliens qui ornent une bonne partie des contours de l’île.

Entendre le son des vagues lorsqu'elles s'agrippent à la terre ferme
Cultiver le silence, tout est calme, plus rien n'interfère
Rechercher la lumière, un jour peut-être trouver la clarté
En nous le bout du monde, faire de son cœur une île à peupler
Ouvrir de grands yeux clairs au bord d'immenses lacs émeraudes
Se laisser émouvoir tôt le matin quand pousse l'aube

Gaël Faye

Lever de soleil sur Aniwa au Vanuatu

Tout en admirant le spectacle, je discute avec Berryfeli de lui, et de son statut de chef. Par le droit du sang, il dirige le village depuis de nombreuses années, et il continuera jusqu’à ce que son fils aîné prenne la suite. Pourtant, ce statut n’est pas irrévocable : s’il est jugé inapte à diriger, un conseil peut le destituer de son rang. Un nouveau chef sera alors élu. Nous abordons aussi des questions d’organisation et de politique menées au village. Tous les mardis, les habitants d’Ikoukou se réunissent pour vérifier que chacun mène à bien les rôles qui lui sont attribués, ou encore pour régler les problèmes et conflits. Le courant passant bien entre le chef et moi, j’en profite pour le questionner sur ce fameux mythe mélanésien de l’arbre et la pirogue, malheureusement sans succès.
Nous remontons tranquillement au village, qui est déjà en pleine effervescence malgré l’heure matinale. Je décide de m’y promener un moment, n’ayant pas pu le découvrir la veille. Les machettes font chanter les noix de coco, les enfants et les chiots jouent entre eux, tandis que les coqs s’égosillent autour des petits porcelets qui gambadent et cherchent de la nourriture dans la terre battue.

Première surprise : j’aperçois, sur toutes les cases, des panneaux solaires. Deuxième surprise : contrairement à ce que j’ai pu voir en Indonésie, il n’y a aucun déchet plastique. Impressionné, je termine mon petit tour en passant par le terrain de football, et rejoins ce qui semble être une partie commune, pas très loin de ma case.
J’observerai longuement les enfants, qui passent de maisons en maisons, de bras en bras… Et qui semblent avoir 36 pères et mères. Je me rend compte que dans la culture ni-van, on ne retrouve pas le concept de famille nucléaire de la culture occidentale. Ici, les enfants appellent tous les adultes « Papa » ou « Maman » car ils sont tous les enfants d’une famille allant au delà du sang, d’une grosse communauté. Très vite, je me lie d’amitié avec le dernier fils (de sang) du chef : Ericson, 2 ou 3 ans, tandis que je plaisante avec la femme du chef et plusieurs autres femmes affairées à la cuisine, dans le langage du rire.

Portrait de la femme du chef d'Aniwa

Mon ventre commence à gargouiller et le petit déjeuner arrive à point nommé : du poisson volant, accompagné de manioc et d’une tisane à la feuille d’oranger. Appétit satisfait, je repars explorer Aniwa accompagné du chef et de Jaanus. Berryfelli souhaite nous montrer le seul « business » de l’île : 2-3 bungalows avec vue sur l’océan, qui se trouvent à l’écart du village, un peu plus au sud.

Dans la jungle, nous croisons le chemin de quelques chèvres en liberté mais aussi, surprise ! D’un crabe des cocotiers. C’est la première fois que j’en vois un, et je trouve que ça se rapproche plus d’un bernard-l’hermite géant que d’un crabe. Berryfeli nous fait aussi découvrir le cœur de la gastronomie ni-van, dont la base se compose de tubercules : le taro, l’igname, ou encore la patate douce. Il en existe des dizaines de variétés ! Le chemin est aussi jalonné de nombreux arbres fruitiers : bananiers, arbres à pain, cocotiers, manguiers ou encore papayers. Il n’y a qu’à tendre le bras vers cette pouponnière de vitamines (bio, locales et garanties sans pesticides) pour cueillir l’une de ces perles fruitées. Berryfeli nous montre aussi des plants de kava. Derrière cet arbuste se cache une boisson qui se trouve être la première culture de rente du pays. Aussi appelée Kava, cette boisson est obtenue à partir de la racine moulue des arbustes puis mélangée à de l’eau. Je n’y goûterai que plus tard mais, je vous assure que ce breuvage est très spécial.
Nous arrivons à « Aniwa Ocean View bungalows ». L’endroit est mignon comme tout, et si parmi vous se cachent des futurs mariés, sachez que ça ferait un très bel endroit pour passer quelques nuits d’une lune de miel.

Le mercure flirtant avec les 35°C, nous repartons en direction du village, non sans s’arrêter pour déguster quelques noix de coco fraîches. J’essaye même d’aller les cueillir. J’échoue, une fois. Deux fois. Trois fois. Dépité, j’observe le fils du propriétaire des bungalows, qui nous raccompagne, en décrocher 5 en l’espace de 30 secondes.

Berryfeli chef d'Ikoukou

Le lagon Itcharo

Après le repas du midi (où nous remangeons du manioc), nous partons visiter le lagon d’Aniwa, logé au nord de l’île et connu sous le doux nom d’Itcharo ou Tiaro. Mais avant cela, il nous a fallu obtenir l’autorisation de John, le chef du lagon. En effet, de par la culture tribale encore omniprésente au Vanuatu, tout appartient à quelqu’un. Pour aller flâner sur une plage, dormir entre deux cocotiers, il faut demander au chef (qui acceptera 99 fois sur 100) du coin. Dîtes vous que même si en apparence il n’y a personne aux alentours, tout se sait, tout est vu… Et c’est vraiment incorrect pour les ni-van de ne pas suivre cette règle.

Nous redescendons sur la plage où nous avions accosté la veille et nous embarquons dans un petit bateau à moteur avec Berryfeli, son frère, John et toute la tripotée d’Estoniens.

La mer est d’un calme absolu, un léger zéphyr m’ébouriffe : je me sens libre, et terriblement bien. À l’horizon, le lagon se dessine et se dévoile sous mes yeux. Si je croyais au paradis, définitivement, c’est l’image que je m’en ferai. Nous entrons dans le lagon tout en slalomant entre les récifs, et seul le bruit du moteur vient perturber la sérénité de l’instant. Ça en serait presque trop parfait. Nous descendons de notre embarcation qui ne peut pas aller plus loin, et continuons les pieds dans l’eau, qui est d’une clarté incomparable et d’une température qui doit avoisiner les 30°C.

Plage du lagon Icharo


Lagon de l'île d'Aniwa au Vanuatu

Je discute longuement avec John, le chef du lagon d’Aniwa, qui parle français. Il me parle de son passé à l’école française à Port-Vila, du tourisme au Vanuatu, du lagon qu’il garde. Je soupçonne quelques petites querelles intestines entre les différents chefs de l’île, sur des histoires de propriétés. Comme quoi, une homme reste un homme. Nous passerons l’après-midi à explorer les plages du lagon, à se baigner, à flâner, ramasser des coquillages… Puis retournerons tranquillement au village d’Ikoukou, alors que le temps se couvre.

De retour à Ikoukou

J’observe à nouveau le jour mourant, alors que les activités du village cessent au fur et à mesure que la nuit tombe. L’horizon s’embrase, et la nuit m’embrasse. La voûte céleste, presque noire, voit éclore des centaines, des milliers d’étoiles aux reflets jaunes, rouges ou encore bleutés. Enfin, la voie lactée se dévoile.

Voie lactée vue de Vanuatu

Ce fut l’un des plus beaux ciels nocturnes que j’ai pu voir de toute ma vie. Surtout que la part de la voie lactée visible est beaucoup plus importante dans l’hémisphère sud que dans l’hémisphère nord.

Un légère mélodie me tire peu à peu de ma contemplation. Intrigué, je suis cette douce mélopée qui me mène jusqu’à ce qui semble être l’église du village. Il y a de la lumière, je pénètre dans l’enceinte et m’assoie au fond, discrètement. Je suis tout de suite subjugué par le spectacle : de la joie résonne à l’état brut, rebondit sur les murs, et déborde de toutes ces personnes. Des rires, des chants, des cris… Desquels se dégagent une chaleur indescriptible. Quelques estoniens du groupe me rejoignent, eux aussi attirés par l’événement… Puis nous sommes invités à nous présenter, devant presque l’intégralité du village, à la fin de la cérémonie. Je m’exécute devant une armée de sourires, contaminé et souriant moi aussi jusqu’aux oreilles.
Après la cérémonie, je discuterai longuement avec cette femme de foi, dont les mots résonnent encore dans ma tête : « s’il vous plait faites attention à votre consommation d’eau pour vos douches, la saison sèche n’est pas terminée et nous n’avons presque plus d’eau ». Je pars me coucher, cette phrase en écho dans mon cerveau.

Parce que rien ne dure éternellement

Réveillé par le chant des coqs, je saute de mon lit et me dirige vers la partie commune, d’où je peux observer les villageois déjà bien actifs. Ericson vient me dire bonjour et se poste à mes côtés, l’air tout sérieux, tandis que les femmes s’affairent à la préparation du laplap. Plat national de Vanuatu, c’est tout simplement un gâteau de tubercules qui peut être accompagné de poisson, de boeuf, de chauve-souris ou encore de banane. Le laplap est un plat que l’on mange pour les grandes occasions, et bien que d’une extrême simplicité, la préparation de ce plat me laissa sans voix.

Alors que les hommes sont partis aux aurores à la pêche, les femmes commencent par éplucher, à l’aide de coquillages, des tubercules comme de l’igname ou du manioc, ainsi que de la coco. Puis, avec la branche d’un certain palmier qui dispose d’un côté rugueux, elles râpent les tubercules et la coco qu’elles mélangent avec de l’eau de pluie ou de coco jusqu’à obtenir une sorte de pâte, dont l’apparence est proche d’une pâte à pain.
Pendant ce temps, un foyer est allumé, dans une sorte de trou dans lequel on place des pierres… qui fera office de four ! Afin de les assouplir pour ne pas qu’elles se cassent, on fait chauffer des feuilles de bananier. Les hommes reviennent enfin, avec un barracuda ! Celui-ci est découpé en petits morceaux, tandis que la pâte de tubercule est disposée sur un lit de feuilles de bananiers, au milieu duquel on rajoute le poisson. On saupoudre d’aromates, d’eau de coco, et on referme le tout avec les nervures des feuilles, comme nos papillotes ! Puis on dépose le paquet sur les pierres chauffées, on en rajoute par dessus, avec de la terre, pour faire une cuisson à l’étouffée. Et on laisse jusqu’à ce que ça soit cuit (en général, ça prend pas moins de 4h).

Préparation du laplap plat national de Vanuatu

Pendant que le laplap est en train de cuire, je pars retrouver la femme de foi de la veille, qui me donne quelques explications supplémentaires sur le village. Chose que j’avais déjà devinée, les maisons des habitants ne servent en fait qu’à dormir. Cuisine, salle à manger, toilettes, et douches sont des parties communes dispersées ça et là. Elle me montre les trois églises du village. L’une est pour les villageois, une autre pour le chef, et la dernière… J’ai oublié. Cependant, ce ne sont que de simples bâtiments qui n’ont rien à voir avec nos églises romanes ou encore gothiques. Ça m’a surpris de voir à quel point le christianisme est implanté ici, alors que je m’attendais à des croyances plutôt animistes. Le village dispose aussi de grosses citernes, utilisées pour récupérer l’eau de pluie. Je remercie cette femme pour tout, qui en profite au passage pour me faire jurer de revenir pour un Noël, période durant laquelle l’effervescence du village est apparemment extraordinaire.

Le frère du chef, avec qui j’ai beaucoup échangé la veille, vient me trouver et m’invite à prendre le petit déjeuner avec lui. Nous descendons en contrebas du village, dont je découvre une autre partie, beaucoup plus calme. Ou alors ce n’est que la verdure de ce coin d’Ikoukou qui est bien plus apaisante. Je comprends, par un langage des signes approximatifs, que je dois choisir le poulet à griller pour le petit déjeuner. Pile à ce moment, un chiot se fait attaquer par un coq : ma cible est finalement toute choisie. Un bout de bois, taillé à la machette en forme de pique, fera office de brochette. Un peu de sel de mer, quelques herbes magiques, une flambée faite main en deux temps trois mouvements, et la cuisson commence.

Frère du chef d'Ikoukou sur Aniwa et sa femme

À peine ai-je fini le petit déjeuner qu’il est déjà temps de déjeuner. J’entends Berryfeli qui s’égosille et crie mon nom du haut du village. Je remonte au pas de course, suivi par le petit chiot, et rejoins tout le monde. Le laplap est finalement prêt à être dégusté. Du laplap au barracuda. Nila ouvre la grosse papillote, et les femmes préparent plusieurs parts encore fumantes qu’elles mettent dans des feuilles de bananier qui font office d’assiettes. Nous partageons ce repas délicieux, disposés en rond autour du laplap. Pendant que je mange, je me dis que ce plat a été préparé dans une osmose totale avec la nature. Rien n’est gâché, tout est utilisé et réutilisé, il n’y a pas de déchets plastiques ou autres.

Je peine à finir mon assiette, et ressens comme une gêne, au creux de l’estomac… Il est temps de partir. Mais je n’en ai pas envie. Les femmes du village m’offrent un petit sac et un éventail tressés en guise d’au revoir. De mon côté, je donne un de mes tee-shirts au chef. Il préfère celui à manches longues. Il ne fait jamais moins de 30°C, mais bon, pourquoi pas. Heureusement, les au revoir sont rapides. Nous regagnons la plage, où nous attend notre cap’taine, dont le sourire n’a pas faibli.

La mer, quant à elle, est d’huile… et la brise légère. De la main, je salue le chef ainsi que ses jeunes fils l’ayant accompagné, puis me retourne vers Tanna, qui se rapproche peu à peu tandis qu’Aniwa s’évanouit.

Villageois d'Aniwa, île de Vanuatu

Aniwa, ce n’est qu’un au revoir, et sache que l’expérience que j’ai vécu sur tes terres fut unique et vaut certainement tous les trésors du monde. Aniwa, tu me manqueras.

NB : Sachez que c’est cette expérience sur Aniwa qui a suscité chez moi une envie de voyager de manière plus écoresponsable, ainsi que de mettre en place un projet à vocation humanitaire et/ou écologique.

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