Après un séjour sur Aniwa qui fut inoubliable, je retourne sur l’île de Tanna. Bien plus calme que lors de l’aller, 3 jours auparavant, la traversée se déroule sans encombres. Comme prévu, David vient nous récupérer avec sa jeep. Nous repartons à « Jungle Oasis Bungalow », non sans un petit pincement au cœur. Avec nous, plusieurs ni-vans, dont un professeur d’une petite école située juste à coté des bungalows. Puis, avachi à quelques kilomètres de là, j’entends le Mont Yasur qui ronronne. Ce volcan de seulement 361m de haut (ce qui en fait le plus accessible de la planète) est en éruption quasi-permanente depuis environ 400 ans.

Je vais enfin faire connaissance avec l’antre de la Terre, une chose qui me passionne depuis ma plus tendre enfance, mais aussi avec un culte dont je ne soupçonnais même pas l’existence : le culte de John Frum.

Sommaire de l’article

Carte de Tanna

Le culte de John Frum

Marc, le fils de Kelson (qui, je le rappelle, est le propriétaire des lieux), me conduit à une chambre perchée dans un arbre. C’est la première fois que je dors dans une « Tree house ». Entre le lit de fortune et les murs de planche, il y a peu de place. Je dépose mes affaires et m’étend un instant sous une moustiquaire qui ne fonctionnera que si les moustiques font la taille de mon poing. J’écoute un moment le vent chaud et humide qui se glisse entre les lames des murs et du parquet, avant de redescendre.

Jungle Oasis Resort Tanna

Je fais la rencontre de mes voisins : un couple de français en lune de miel, qui fait un tour des îles de Vanuatu, Fidji et Cook. Nous rejoignons ensemble la cabane qui fait office de cuisine et de salle à manger, où nous sommes accueillis par Kelson. En tant que mélomane accompli, il nous souhaite la bienvenue, en parodiant le très célèbre « welcome to hotel california ». Nous attendons donc notre repas en écoutant Kelson chanter à tue-tête non pas un ni deux mais trois « welcome to jungle oasis »… Je vous laisse imaginer. Je pars me coucher, la panse remplie d’une bonne part d’igname. Tanna et moi nous endormons, bercés par les ronflements du volcan, lui aussi apaisé ce soir là.

Les premières lueurs du jour me tirent d’un sommeil profond, et je pars prendre mon petit déjeuner sans même imaginer à quel point cette journée va être spéciale. Mais, par où commencer ?

Par un peu d’Histoire[wikipédia], et un zeste de culture.

L’Océanie est le théâtre de ce qu’on appelle communément « les cultes du cargo », ensemble de rites qui apparaissent entre la fin du 19ème et la première moitié du 20ème siècle chez les aborigènes, en réaction à la colonisation de Mélanésie. Ces cultes s’articulent autour de la vénération de biens matériels : en effet, les indigènes ignorant l’existence et les modalités de production occidentale, ils attribuent l’abondance et la sophistication des biens apportés par cargo à une faveur divine. Sur Tanna, et plus particulièrement dans la zone de la « Sulphur Bay », c’est le culte de John Frum qui est implanté. L’histoire n’est pas très limpide, mais apparemment, un homme serait apparu dans la fin des années 30, quand Vanuatu s’appelait encore Nouvelles-Hébrides, et fit la prédiction de l’arrivée des troupes américaines et de la guerre dans le Pacifique, tout en promettant maisons, vêtements, nourriture et transport. Cet homme s’appelait John Frum. Sa prédiction se réalisa, les églises traditionnelles se vidèrent de leurs fidèles, John Frum devint alors un prophète.

Le culte de John Frum ne m’apparaît pas clairement car il prône aussi le retour aux anciennes coutumes. Il fait figure d’esprit incarné pour lutter contre la colonisation franco-britannique et le pouvoir des missionnaires. Car la colonisation ne s’est pas déroulée sans heurts. Le culte de John Frum est interdit par les missionnaires jusqu’à l’indépendance du Vanuatu en 1980 mais, malgré cela, il est toujours actif aujourd’hui à Sulphur Bay, sur l’île de Tanna, où vit une communauté de 300 personnes, vivant selon les principes établis par le culte, entre les villages de Lamakara et d’Ipikel. Ainsi, aucun argent ne circule, chaque personne travaille pour la communauté et a des tâches particulières à effectuer, celles-ci devant être effectuées sans attendre quelque chose en retour, comme le recommande le culte de John Frum. Chaque vendredi soir, les habitants du village de Lamakara et des alentours se réunissent pour chanter la gloire de John Frum à la manière d’une messe, toute la nuit. Ses adeptes croient que John Frum sera de retour un 15 février (surnommé « jour de John Frum » au Vanuatu).
Ce n’était pas un vendredi mais, à Ipikel, il y a des cérémonies en l’honneur de John Frum, qui ont lieu les mardis si ma mémoire ne me fait pas défaut.

Au petit village d’Ipikel

Nous arrivons au village vers 11h du matin. Quelques maisons faites de taules et de feuilles de palmiers, agrippées à la terre battue dans un équilibre défiant parfois les lois de la physique, dessinent Ipikel. Tous les villageois se sont regroupés dans une case plus imposante que les autres, dépourvue du murs, au centre du village. Ils chantent, dansent, jouent de la musique, tournent sur eux-même : la cérémonie a déjà commencé.

Ipikel à Tanna

Kairit m’explique que certaines femmes, généralement les plus âgées du village, vont entrer en transe et recevoir un message du fameux John. Le message sera ensuite délivré au chef, qui l’analysera, afin de nous le transmettre quand cela nous concernera. Jaanus s’entretient un moment avec le chef, que nous saluons tous, puis nous sommes invités à nous asseoir tous en ligne, un peu à l’écart des villageois.

La transe commence. Partagé entre trouble et envoûtement, je dévisage malgré moi ces femmes aux yeux révulsés et corps convulsés, qui passent devant chacun de nous dans une démarche pleine d’ivresse. Elles nous regardent, nous observent, nous analysent et nous dissèquent dans un examen d’une précision presque chirurgicale. Les messages se succèdent, tandis qu’une des femmes me regarde avec attention. L’énergie que l’air véhicule est presque palpable. Les premières interprétations transmises par le chef arrivent enfin… Et ce qu’a dit John Frum me concernant, je le garderai pour moi.

J’émerge finalement de cette ambiance aux frontières du réel, et je dois confesser que je suis légèrement bouleversé. Alors que la cérémonie continue, nous sommes invités à visiter « Sulphur Bay », cette plage de sable noir qui est à deux pas.
Je découvre une étendue minérale noire ébène, qui vient faire écho au Mont Yasur qui crapote à l’horizon. Sur la gauche de la plage, un cours d’eau provenant de sources chaudes vient se jeter dans l’océan. D’une température largement plus basses que celles dans lesquelles j’ai pu me baigner lors de mon trek du Mont Rinjani, ces sources chaudes sont quand même étouffantes. Mais j’en profite pour me relaxer, jonglant entre baignade à l’eau chaude et à l’eau froide, mais aussi pour me laver… Au sable ! De jeunes ni-van nous rejoignent, et l’un d’entre eux arbore une chevelure pour le moins déroutante, surtout dans ce coin du globe : il est roux ! Cela alimentera une longue discussion entre Kairit, passionnée d’anthropologie, et moi.

Un peu avant 15h, nous retournons au village. La cérémonie n’est toujours pas terminée. La vieille femme mystérieuse qui m’avait regardé avec tant d’insistance m’aperçoit et me gratifie d’un sourire tout aussi mystérieux… Je suis empreint d’un sentiment de fierté, mais je suis aussi bouleversé, c’est très bizarre. Je m’assoies à côté du petit bonhomme qui bat la cadence sur un djembé, avec un morceau de bois, tout en observant la cérémonie sur le point de se terminer. Alors que je me laisse embarquer par le rythme de la musique, ce jeune ni-van me tend son instrument. C’est avec une grande émotion que je m’empare du tout, et commence à battre la cadence à mon tour.

Enfin, la cérémonie touche à sa fin… Et se termine par une petite danse, à laquelle je participe. Enfin, nous disons au revoir à tout le monde, à la file indienne. Je peux enfin mettre un nom sur cette fameuse vieille femme, qui m’a longuement serré dans ses bras pour me dire au revoir : Jacqueline.
Nous repartons à pied. La végétation qui entoure le village cède brusquement le pas à la plaine de Siwi. Quelques buissons de pandanus tentent malgré tout de résister. Ce désert lunaire gris perle m’apparaît comme le vestige d’un passé riche en éruptions volcaniques. J’observe le ciel bleu azur, ce bon berger, qui a envoyé paître ses nuages ventrus ici et là. Ils se dispersent et s’évaporent, sans doute apeurés par le volcan Yasur qui gronde au loin, comme pour me mettre au défi de l’approcher. Une journée ésotérique.

Balades libres à la découverte de Tanna

En manque d’indépendance et de solitude, je décide de me séparer du groupe d’estoniens et de partir explorer une partie des côtes est de l’île de Tanna.

Port-Resolution

Encore un peu d’histoire.

C’est durant son second voyage (plus précisément en août 1774) que James Cook fut le premier européen à débarquer sur l’île de Tanna. Il accosta dans une baie qu’il baptisa du nom de son navire, le Resolution, tout comme le village bordant cette baie : Port Resolution. À bord du navire, le botaniste Forester, donna son nom à Tanna, à l’issue d’une douce méprise. Forester, pour demander aux indigènes comment ils appelaient leur île, montra le sol. Ces derniers lui répondirent « tanna » : la terre, nommant simplement ce que le botaniste désignait du doigt.

Port Resolution Tanna

Je décide donc de me rendre à cette plage. L’excursion ne s’est pas vraiment passée comme prévue, et ce fut l’une des plus grosses peurs de ma vie. À mi-chemin, je me fais attaquer par une meute de chiens. Plus de peur que de mal, je me suis juste fait becqueter la cheville, mais ce fut relativement éprouvant. Passons outre cet incident, et faisons un saut dans le temps d’une paire d’heures.
J’arrive enfin à proximité du village de Port-Resolution, aussi appelé Ireupuow, où je découvre une immense école. Les hommes s’affairent à différents travaux, et j’en profite pour rejoindre le dispensaire. Une vieille infirmière, officiellement retraitée mais continuant d’exercer, me rassure, sur les questions de rage au Vanuatu. Je repars, le cœur léger, et continue ma route vers le cap de Port-Resolution. À l’ouest du cap de Port-Resolution, on trouve le fameux Port Resolution Yacht Club, débordant de bateaux hors de prix. Je n’irai pas, ne voulant pas lever le voile sur ces funestes disparités. Juste avant la jungle qui borde l’océan, je découvre une petite échoppe, rustique à souhait, d’une dénommée Brigitte. Tous les voyageurs connaissent Brigitte. Sa gentillesse est sans pareille, ses beignets sont un pur délice et son français est impeccable. Nous échangeons quelque rires, et je goûte quelques-uns de ses beignets pour une poignées de VUV, avant de traverser la forêt en direction de la plage. C’est donc ici que James Cook, un siècle avant une colonisation conflictuelle entre français et britanniques, a accosté.

« Vous voulez changer le monde ? Pourquoi ne pas commencer par vous changer vous-mêmes ? Pourquoi ne pas vous transformer d’abord ? Mais comment y arriver ? Par l’observation. Par la compréhension. Sans intervenir personnellement, sans porter de jugement. Lorsqu’on juge, on est incapable de comprendre. »

Anthony de Mello, Quand la conscience s’éveille.

Je ne peux que vous recommander l’ouvrage dont est issue cette citation, d’autant plus si vous voyagez. Après quelques heures passées à bouquiner, sous une brise légère, la couleur du ciel me rappelle à l’ordre et me tire de ma lecture. Il me faut rentrer avant la nuit.
À Jungle Oasis Bungalow, nouveaux arrivants, donc nouveau concert de Kelson. Sitôt terminé, je l’alpague et le questionne sur ce fameux mythe de l’arbre et la pirogue. Je fais de nouveau chou blanc, et pars me coucher déçu. Ce n’est donc pas sur Tanna que j’aurais une réponse.

Les baies aux requins et aux tortues

Le jour levé, je file prendre mon petit déjeuner et fais la rencontre d’un couple d’hispaniques. De grands voyageurs, ces gens là ! Traversée du Mozambique à pied, mission écologique au Costa Rica, balades à cheval au Kirghizstan… Ils alimentent mes futures envies. M’étant décidé de voir ce qui se passe du côté du Mont Yasur en fin de journée, je continue mon exploration des baies de cette partie est de l’île. C’est armé d’un bambou que je pars en direction de « Shark’s Bay ». Comme son nom l’indique, des requins nagent en son sein. Pour la visiter, je n’ai qu’un indice : je dois trouver Richard, du village de Manuapen.

J’arpente les chemins de terre battue et arrive à ce que je pense être le village, un couple d’heures plus tard. J’appelle, je crie, je m’égosille et me rends finalement à l’évidence : pas de Richard. Dépité, c’est au moment où je m’en retourne qu’un jeune ni-van de mon âge m’interpelle. Sam Hearthfield. Il est le neveu de Richard, qui est parti depuis quelques heures à Lenakel, sur la côte ouest, où se trouve le seul hôpital de l’île. Sam me confie qu’il vient ici pour se ressourcer, et fuir l’atmosphère étouffante et cosmopolite de la capitale de Vanuatu, Port-Vila. Et pour cause, Sam est très connu au Vanuatu : c’est une star ! Chanteur du groupe « One Wokbaot rap crew », aux influences hip-hop, rnb et zouk, il tourne dans tout Vanuatu et dans d’autres îles du Pacifique.
Alors que nous cheminons à travers les sous-bois de la jungle, Sam revêt son costume de guide. Il me raconte son enfance à Tanna, la vie au village de Manuapen qui, comme tous les villages de Vanuatu, se pare d’une solidarité à toute épreuve. Mais surtout, l’âme en peine, il me confie voir l’île de Tanna et son manteau vert se faire ronger peu à peu par la pieuvre d’asphalte du monde occidental. Un second aéroport serait en projet de construction, pour satisfaire les caprices de gens riches qui ne supportent pas de faire une heure de route pour s’approcher du volcan. Brusquement, le chemin s’achève à flanc de falaises et mon regard se jette dans une baie sublime, tranchée entre l’aspect ténébreux du sable, et l’outremer de l’océan fumant d’écume.

Pas de requin. Il faut dire que nous surplombons l’océan de plusieurs dizaines de mètres. Pourtant, l’œil aiguisé de Sam a remarqué quelque chose. De son doigt, il pointe une masse brunâtre qui se déplace dans l’eau. J’aperçois un aileron… Un requin ! Suivi très vite par deux, puis trois de ses congénères. Sam m’explique que leur comportement est encore mal compris, et qu’il dépend des marées ou encore de la météo et de l’heure de la journée.
Après m’avoir montré les bungalows de son oncle, avec une vue imprenable sur l’océan, plein est, nous remontons au village. Pour continuer mon chemin vers la baie aux tortues, je dois rencontrer sa grand-mère et m’acquitter d’un droit de passage, quelques centaines de VUV tout au plus. Sam ne m’accompagnera pas à « Turtle’s Bay », mais m’emmènera jusqu’à un sentier qui y mène, qu’on devine à peine sous l’amoncellement des feuilles mortes. Alors que je descends vers la baie, le sentier se divise encore et encore, et je réussis à me perdre dans cet entrelacs pendant pas moins d’une demi-heure.

Vue sur Turtle's bay au Vanuatu

À vue de nez, Turtle’s bay s’étend sur un peu plus de 2km. Le chapeau de Cook, Cook’s Hat, trône à son extrémité nord. Ce minuscule îlot d’une centaine de mètres de long, accessible à marée (très) basse, a sûrement un rapport avec le célèbre navigateur, mais je ne le connais pas. Je commence cette petite marche, sable chaud crissant sous mes pieds nus, soleil de plomb châtiant ma nuque.

Sur le chemin, je ne croiserai pas grand monde. Un pêcheur sur sa pirogue, quelques enfants accompagnés par leurs mères, et quelques gros touristes australiens, en tour organisé. Arrivé en bout de baie, j’admire le fameux chapeau de Cook, et me prélasse un instant à l’ombre d’un palmier. À son pied, quelques coquillages, fruits et carcasse de crabe des cocotiers, sûrement en guise d’offrande. Je m’éloigne de ce lieu de culte, pour me poser à côté d’une pirogue, et vagabonde entre lectures, photographies et baignades, tandis que les heures passent encore une fois vite, bien trop vite. Je me dépêche de rentrer car il est presque 14h… Et je ne voudrais pas arriver en retard à mon rendez-vous avec le Mont Yasur.

Le volcan Yasur

N.B. : Située en pleine ceinture de feu du Pacifique, les volcans de l’archipel de Vanuatu sont pour ainsi dire très actifs. L’île d’Ambae, sur laquelle je devais me rendre, va d’ailleurs être définitivement évacuée à cause de la colère de son volcan.
Mais pour le Mont Yasur, activité phare de l’île de Tanna, c’est différent : d’une activité relativement stable (oscillant entre niveau 2 et 3 sur 4), il ne fait que 361m d’altitude, et est aisément accessible. Afin de profiter pleinement du spectacle, il faut venir la nuit. Pour cela, deux options : le lever ou le coucher du soleil

Voyage au centre de la Terre

J’arrive à l’entrée du parc donnant sur le volcan Yasur, qui jouxte Jungle Oasis Bungalow, presque aussi brûlant que le volcan. Puis c’est la douche froide : il n’est plus possible de monter le volcan à pied, et encore moins sans un guide. Je dois attendre 16h, et j’ai l’obligation de prendre part au tour officiel, avec la compagnie officielle (gna-gna-gna). Je prends mon mal en patience, puis le fameux tour commence enfin.
Ennuyeux et ennuyant à souhait, cela commence avec un genre de cérémonie ou nous nous plaçons derrière des panneaux donnant notre nationalité. Ensuite, nous avons droit à une danse tribale, durant laquelle je m’aperçois de l’extrême lassitude de certains danseurs, qui n’ont pas vraiment l’air heureux d’être là. Chose intéressante, j’apprends que « Yasur » signifie « Dieu » en langue whitesands, dialecte de l’est de Tanna. Sans lui, pas de vie ni de mort possibles : l’âme sort du cratère pour rejoindre le corps du nouveau-né et fait le chemin inverse au décès… Cela continue par une explication sur les normes de sécurité, le tout dans un français et anglais presque trop parfait. Nous sautons ensuite dans des jeeps, et filons vers le sommet par des chemins gribouillés de profondes ornières.

Ma déception s’envole immédiatement, dès lors que je pose mon pied sur le sol de la base du cratère, savant mélange de poussières et de petites roches volcaniques. Toutes les minutes au moins, le Mont Yasur gronde. Enfin, non. Ce ne sont plus des grondements, comme je les entendais à l’orée du parc. Ce sont devenus des craquements, comme si la foudre frappait. Ces sons me traversent de part en part, les vibrations font trembler tout mon corps. L’odeur d’hydrogène sulfuré me replonge un instant dans mes souvenirs du Kawah Ijen. Je serai tant subjugué que j’en oublierai de prendre des photos. Sous les directives des guides (qui connaissent les points de vue sécurisés, dépendant de l’activité du volcan et du sens du vent), je m’approche à pas feutrés de l’arête du cratère et découvre, une fois n’est pas coutume, l’image après le son.

De ses deux bouches, le volcan Yasur régurgite impunément devant moi des centaines de Mégajoules. Chacune de ses éructations sont des spectacles à elles seules : les panaches de fumée se parent de formes à chaque fois différentes, les roches incandescentes et scories sont éjectées à plusieurs centaines de mètres de hauteur, alors que du magma en fusion jaillit sans relâche de l’antre de la terre. Alors que le jour se meurt, le spectacle se métamorphose, entre rayons de soleil en suspension et filaments de poussière dans l’air.

Nuage de fumée du Mont Yasur

La diminution de température, couplée au vent qui se renforce, dissuade quelques touristes qui partent se réfugier en contrebas, dans les jeeps. Pour ma part, je n’en ai cure. Enfin, la nuit tombe… Et ce ballet onirique que la nature m’offre mue une deuxième et dernière fois. Comme un bouquet final.
Du rouge ! Du jaune ! De l’orange, du gris, du noir, ou encore du bleu… Une explosion de couleurs et de sons, dans un arc-en-ciel de sensations.

Après 1h30 de contemplation, nous repartons. C’est bien trop tôt, j’aurais pu rester toute la nuit (si j’avais au moins eu une polaire). De retour à l’entrée du parc, on nous sert un frugal repas. Je repars à Jungle Oasis Bungalow perdu dans mes pensées. Je m’essayerai un moment au tressage de panier, avec l’aide du fils de Kelson et sous l’oeil avisé de sa femme, avant de rejoindre les bras de Morphée.

Mon séjour sur Tanna se finit en apothéose. Demain, mon aventure continuera sur la deuxième plus grande île de Vanuatu : Malekula, terre de rites cannibales ancestraux.

Conseils pratiques sur Tanna et le volcan Yasur

Ascension du volcan Yasur de l’île de Tanna

Avec la compagnie officielle, il est possible (et obligatoire) de faire la visite du volcan le matin (4h) et/ou le soir (16h). Si je devais recommencer, avec plus d’argent, je la ferai plusieurs fois : conditions météorologiques différentes, activité du volcan aléatoire… À chaque fois le spectacle doit être différent ! Et si je ne devais le faire qu’une fois, je pense que je choisirais le matin : il y a moins de monde. En moyenne, le temps passé au volcan est d’une heure et demi.

Un peu d’ombre au tableau : j’apprendrai plus tard que, malheureusement, ce tour serait organisé par une compagnie chinoise (et que cette même compagnie projetterait de construire un hôtel en contrebas du volcan, à vérifier). Malgré le coût (très) élevé du tour, aucun argent ne serait redistribué aux populations locales.
Le chef légitime du Mont Yasur aurait même engagé une procédure pour récupérer ce qui lui appartient, et aurait perdu toutes ses économies ainsi que celle de son village. Cette information est à vérifier, mais je pense que, si je devais refaire ce tour, j’essayerais de voir avec le chef du volcan Yasur directement, ou avec des locaux de Tanna. Et je ne peux que vous conseiller de faire de même. Je suis persuadé que c’est possible.

Concernant le tarif pour visiter le Mont Yasur: comptez 9750 VUV (pour une entrée). Il est possible d’y retourner une seconde fois (plus ou moins moitié prix), puis une troisième fois gratuitement. Au bout de la quatrième fois, on repaie 9750 VUV.

Que faire à Tanna en dehors du volcan Yasur ?

  • Visiter le village de Yakel.
    Pour environs 2000 VUV, vous pourrez découvrir ce village, siège du film « Tanna ». Vous pourrez assister à des danses traditionnelles, ou encore goûter à la gastronomie de Vanuatu.
  • Visiter le village de Lakamara.
    Tout comme le village d’Ipikel, ce village est le siège principal du culte de John Frum. Chaque jour, les villageois hissent le drapeau américain sur la place de leur village. Chaque vendredi soir, et pendant toutes la nuit, les villageois chantent leur culte à John Frum ; et défilent tous les ans en tenues de militaires avec des armes en bois, le 15 février, date de retour de John. Vous pouvez éventuellement dormir dans ce village, si vous demandez à son chef.
  • Dans les visites à ne pas manquer sur Tanna, vous pouvez partir à la découverte des trous bleus, attraction phare de Vanuatu. Ceux-ci sont au nord-ouest de l’île du côté du village d’Imanaka
  • Où dormir à Tanna ?

    • Jungle Oasis Bungalows (1700 VUV / nuit – petit déjeuner compris)
      Je ne recommande pas vraiment : vétuste, sale, présence de rats… Les tree houses sont sympathiques mais rien de plus. Il y a pléthore d’autres établissements dans les environs du volcan Yasur.
      Réserver sur : Airbnb.

    Guide des transports sur Tanna

    • A/R Aéroport / Jungle Oasis Bungalow : 2 000 VUV. Sachez qu’il est aussi très facile de faire du stop.

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