Mon périple au Vanuatu suit son cours, et je trace mon chemin vers une île à environ 400 km au nord de Tanna : Malekula. Anciennement connue sous le nom colonial de Mallicolo, c’est la 2ème plus grande île de l’archipel, après Espiritu Santo. Elle compte 25 000 habitants et pas moins de 42 langues, ce qui en fait l’île du Vanuatu (avec Espiritu Santo) dotée de la plus importante diversité linguistique.
On m’avait dit que faire un voyage à Malekula, c’était faire un saut dans le temps. On m’avait dit que faire un voyage à Malekula, c’était plonger dans une île parmi les plus sauvages et les plus préservées du Vanuatu. Et pour cause : jusqu’à présent, très peu d’européens ont risqué de s’y aventurer, exception faite des anthropologues et autres ethnologues. Car à Malekula, on peut approcher des cultures très anciennes, empreintes de cannibalisme, chargées d’histoires et de traditions coutumières…

Pour m’y rendre, pas d’autre choix que de repasser par Port-Vila, et d’y faire escale quelques heures. À l’aéroport, pour la première fois de ma vie, on me demande de me peser ! Eh oui, il faut équilibrer les charges dans l’avion, piètre coucou d’une capacité de 8 personnes seulement. C’est peu rassuré que je décolle, la tôle de la carlingue me vrombissant dans les tympans. Finalement, le vol fut d’une douceur que je n’escomptais pas. Sans doute à cause des conditions météorologiques qui furent tout simplement parfaites. Nous nous posons délicatement sur la piste de l’aéroport de Norsup, au nord de l’île.

Aéroport Malekula

Sommaire de l’article

Carte de Malekula

Bienvenue à Malekula

À peine ai-je récupéré mon sac que je pars à la recherche d’Étienne, la personne sensée venir me récupérer. J’ai beau chercher, tourner encore et encore, je ne trouve pas d’Étienne. Alors que l’aéroport de fortune se vide peu à peu, l’inquiétude se fait ressentir. En quête d’un sauveur, je m’adresse à ce chauffeur de bus local qui attend, en plein cagnard, d’être plein avant de partir. Coup de bol, ce monsieur connaît « Étienne de Nawori Seaview Bungalow« . Il se propose de m’y emmener, car Étienne ne viendra pas.
Nous partons, une dizaine de femmes ni-van et moi, toutes portes ouvertes, vers le nord. De part et d’autre de ce chemin cahoteux se dévoilent des cocotiers à perte de vue, dans de vastes étendues aux allures désertiques. Ces cocoteraies servent à la production de coprah, qui n’est autre que l’albumen (comprendre la chair, ce que vous mangez) séché de la noix de coco. Son utilisation est multiple : fabrication d’huile de coco (alimentation, savon et autres cosmétiques), en particulier du monoï en association avec la fleur de tiare tahiti, elle peut également être convertie en biocarburant.

Une heure passée à respirer l’air chargé de poussière, et le minibus s’arrête brusquement : je suis arrivé. Je suis accueilli par une dame (dont j’ai malheureusement oublié le prénom – si quelqu’un le connaissant passe par là, qu’il se manifeste -) dans tous ses états qui m’explique qu’Étienne n’est pas là. Il est parti en urgence à Port-Vila avec Lynn, sa femme, qui est en train d’accoucher. Je rassure Tatie Nawori (ndlr : nom d’emprunt) qu’il n’y a vraiment aucun problème, avant de partir explorer le coin.

Nawori Seaview Bungalow Malekula

Un véritable havre de paix se dévoile juste sous mes yeux, aussi simple que charmant. De modestes cabanes, dont les chambres sont séparés par des cloisons tissées, sont accoudées à la mer, en face des îlots Wala et Rano. Le système acheminant l’eau froide, chauffée toute la journée par un soleil ardent, est archaïque, mais fonctionne. Il n’y a de l’électricité qu’entre 18 et 21h, selon la générosité du soleil qui a extirpé de charmants électrons au silicium le jour durant. Ici et là, manguiers et papayers s’observent en silence, tanguant sous le poids de leur progéniture. Un ancien ni-van, riant aux éclats, me jette une mangue mûre à point, que je m’empresse de dévorer. Je suis littéralement conquis par l’endroit.
Comme à son habitude, Nyx chasse très vite Hélios qui part et s’enfuit sous l’horizon, alors que je passe à table. Je rencontre un couple de marseillais agriculteurs qui, à l’heure où j’écris ces lignes, doivent sans doute être en Nouvelle-Calédonie pour leur nouvelle vie. Tatie Nawori nous ramène l’apéritif, composé des beignets de banane, puis le repas. Mes papilles découvrent la roussette, une variété de chauve-souris, attrapée au lance-pierre quelques heures auparavant. C’est un vrai délice, et je savoure l’instant autant que le repas. Je suis ici chez moi.
À la fin du repas, Stephano, le frère d’Étienne se joint à l’assemblée. Je découvre un homme passionnant et passionné, aux yeux brillants débordant d’intelligence, enchanté de nous parler de l’économie et de la politique du Vanuatu, mais aussi de ses projets d’éco-tourisme. Juste avant que je ne parte me coucher, il se propose de me faire découvrir Malekula et de m’en apprendre plus sur la « Kastom » (un mot bichelamar utilisé pour tout ce qui a trait à la culture traditionnelle : religion, économie, art et magie) que les missionnaires tentèrent d’éliminer.

Je m’endors, bercé par les vagues, tout en pensant à la journée du lendemain qui s’annonce vraiment palpitante.

Wala, petit îlot de Malekula

La nuit n’a que trop duré. Je m’installe face à l’îlot Rano, qui enfante délicatement le soleil… durant un moment qui m’apparut comme une éternité.

Lever de soleil Malekula

Aujourd’hui, Stephano a prévu de m’emmener sur l’îlot Wala, terre de ses ancêtres. Nous partons à bord d’un petit bateau à moteur, puis nous accostons 5 minutes plus tard sur (une fois n’est pas coutume) une de ces innombrables et sublimes plages comme Vanuatu sait bien les faire.

Avant de commencer à explorer l’îlot, qui abrite seulement 3 villages, nous discutons avec quelques hommes revenant de la pêche. Puis nous nous enfonçons dans la jungle… Bien que la terre soit très aride, la végétation est luxuriante. « À cause d’une variété de liane, introduite par les américains lors de la seconde guerre mondiale. Ils l’utilisaient pour se camoufler ! », précise Stephano, qui en profite pour me montrer toutes les choses qui poussent ici. Igname, taro, patate douce, banane, chou, ananas, mangue, amande, cacao… tout ce que produit ce petit jardin d’Eden est destinée à l’agriculture vivrière, dont 80% de la population dépend.

Puis, alors que nous nous asseyons sur un lit de feuilles mortes, Stephano me raconta son histoire…

Du temps de son arrière-arrière-grand-père, sa tribu fut contrainte de fuir la Grande Terre, Malekula, à cause des guerres tribales qui ravageaient alors les populations. Ils s’exilèrent tout d’abord vers l’îlot Rano, où ils construisirent le village d’Amel Sanaru. Les tribus étant déjà très nombreuses sur Rano, ils s’exilèrent de nouveau, vers l’îlot voisin : Wala. Ici, ils construisirent de nouveau un village du nom d’Amel Sanaru. Pourquoi ce nom ? Pour dire qu’ils étaient originaire du village d’Amel Sanaru originel, sur la Grande Terre.

« Nous achetons ce terrain avec trente cochons. La monnaie, pour nous, c’est le cochon. » m’explique Stephano.

Puis, ils construisent les maisons : le nakamal coutumier d’abord, la maison des hommes. Viennent ensuite les cases des femmes et des enfants. Les villages de Malekula sont le siège de nombreuses cérémonies, dont certaines sont uniques au Vanuatu et dans le monde entier. Il y a les cérémonies de naissance, où l’on fait rouler les tambours si c’est un garçon. « Eh oui, nous sommes dans un système patriarcal », glousse Stephano, tout sourire. Les cérémonies de circoncision, ou de passage à l’âge adulte : durant 30 jours (plutôt 15 aujourd’hui), le jeune adolescent apprend de ses aînés, dans le nakamal, comment se comporter en homme. À l’issue de ces 30 jours, il sort du nakamal et tire à l’arc dans un immense aigle sculpté, placé en haut d’un pilier d’une dizaine de mètres. Bien entendu, on trouve la cérémonie de mariage. Et comme vous vous en doutez, la dot est un cochon. Et pour finir, la cérémonie la plus importante, celle du lever de pierre. Unique en son genre, unique en Vanuatu, elle n’existe que sur Malekula. « Vous, vous avez les dolmens, pas vrai ? » me demande Stephano avec un regard malicieux. En fait, je m’aperçois que nous sommes assis au beau milieu des vestiges qui ont marqués ces cérémonies. Stephano me montre, cachés dans les enchevêtrements des lianes, des structures de pierres qui, comme il me l’a fait remarqué, ressemblent à nos dolmens.

Ces cérémonies, très longues à mettre en place (acheminement des pierres, élevage des cochons, culture de l’igname) consiste à placer, lever et aligner des structures faites de très grosses pierres, chacune symbolisant par sa taille et son emplacement le titre des membres de la tribu. Pour les grades les plus bas, pas de pierres : une simple statue de bois de fougère suffit.

« À ton avis, pourquoi les plus grosses pierres sont placées en bouts de ligne, et quelles personnes s’assoient ici ?
– … Il doit y avoir le chef, j’imagine ?
– Ce sont les places du chef ici, et de son second, là. Parce que pour se tenir debout, un homme a besoin de sa tête, mais aussi de ses pieds. »

Ce placement symbolise donc tout simplement l’équilibre qui doit régner au sein du village, assuré par le chef (la tête) et son second (les pieds). Cette cérémonie a lieu pour la passation de pouvoir, lorsque le nouveau chef est nommé par droit d’aînesse. Ses responsabilités lui sont par ailleurs transmises. Dans ces ruines d’un passé pas si lointain, on devine plusieurs lignes. Cette cérémonie permet aussi de marquer les générations : une rangée de pierre est levée pour chaque génération de chef.

« Tu vois, juste là, il y a la rangée de mon arrière-arrière-grand-père, de mon arrière-grand père, et de mon grand-père… Puis, les missionnaires sont arrivés… »

L’arrivée des missionnaires chrétiens a tout changé : à grand coup de bible, ces tribus furent priées de quitter les lieux et d’oublier leurs croyances en des esprits parfois cruels. Après cet échange fort enrichissant, nous repartons vers le village bordant la plage. Des enfants jouent, se baignent, voguent à dos de pirogue.
Ce moyen de transport remonte à la nuit des temps. 3 300 ans auparavant, les premiers colons austronésiens arrivèrent par la mer, à bord d’immenses pirogues doubles pouvant accueillir des dizaines et des dizaines de personnes. Puis lorsque ces tribus s’établissaient sur les îles, elles construisaient rapidement des embarcations plus petites, adaptées à la pêche de proximité et au transport inter-insulaire de petites marchandises ou de personnes.
C’est à croire que Stephano a deviné mon envie : pas moins de 5 minutes plus tard, je me retrouve vice-capitaine d’une pirogue magnifique, armé d’une pagaie qui n’est pas si simple que ça à maîtriser, sous les ordres d’un bambin de 8 ans.
D’un aspect très rudimentaire, les pirogues traditionnelles sont obtenues à partir d’un arbre, l’arbre à pirogue. Son tronc est creusé à l’aide d’un feu de braise constamment entretenu. Un balancier en bois est ensuite ajouté au corps principal, le tout étant solidement attaché à l’aide de la mésocarpe (l’enveloppe fibreuse) de la noix de coco. Après l’explication encore une fois limpide de Stephano, je ne peux m’empêcher de lui demander s’il connaît le mythe de l’arbre et la pirogue. Si quelqu’un peut me répondre, c’est bien lui. Malheureusement, il ne le connait pas. Aussi intrigué que moi, il me conseille de lire la thèse d’un auteur français, Joël Bonnemaison, dont le titre n’est autre que… L’arbre et la pirogue ; et de me rendre au musée de Port-Vila. Là-bas, j’y aurais peut-être une réponse.

Soleil au zénith, ventre qui gargouille… Nous rentrons sur Malekula afin de nous sustenter et pour faire une petite sieste.

Pirogue Malekula

Amel Sinatra, village typique de Vanuatu

Après un bon repas préparé par Tatie Nawori, nous partons sous un soleil de plomb, accompagnés de jeunes ni-vans, pour rendre visite à Sylverio, le chef du village d’Amel Sinatra. Le chemin est encore l’occasion pour moi d’en apprendre plus sur la « Kastom ». Je suis comme d’habitude époustouflé de voir à quel point le peuple de Vanuatu a tout, mais absolument tout, à proximité.

Besoin d’une rappe à légumes ? Prenez la branche d’un certain palmier, qui dispose de protubérances très solides. Frottez dessus du manioc ou n’importe quelle autre tubercule, et le tour est joué. Besoin d’un four pour faire cuire cette pâte de manioc ? Eh bien, prenez un morceau de bambou, suffisamment large. Fourrez-y le manioc, puis mettez-le sur le feu. Feu que vous aurez bien entendu allumé par friction de deux bouts de bois, très secs, provenant du même type d’arbre.

Envie de bonbon ? Prenez une cosse de cacao, pas encore à maturité. Ouvrez-là, et suçotez la fibre entourant la fève. Elle est plus sucrée que les haribos débordant de sucres transformés, raffinés et retransformés. Envie d’une petite douceur ? Cherchez une noix de coco. Pas celles que vous avez l’habitude de voir au supermarché. Non-non, cherchez une vieille noix de coco, toute rabougrie, qui vient juste de commercer à germer. Ouvrez-là. Comme moi, vous serez surpris par ce qui se cache à l’intérieur : une chair toute cotonneuse, abritant un concentré de coco d’une saveur aussi douce que mielleuse. Envie d’un rafraîchissement ? Cette fois, prenez une jeune noix de coco, encore verte. Il suffit de tendre le bras, il y en a autant que de chewing-gums sur nos pavés parisiens. L’eau qu’elle abrite est d’une fraîcheur incomparable, malgré la fournaise qui règne dans l’air ambiant.

Nous arrivons à l’orée du village, où nous attend Sylverio, en compagnie de sa femme. Il nous fait visiter le village et nous présente, dans son dialecte que Stephano traduit, les différentes plantes qui poussent au village et dans la jungle environnante. Des plantes aux vertus médicinales (rhumatisme, diarrhée, douleurs dentaires) dont lui seul à le secret, aux premières feuilles de pandanus utilisées comme assiette lors de cérémonies, en passant par l’arbre à colle… Chaque végétal a une utilité bien précise. Les jeunes ni-vans venus avec nous boivent ses paroles, avec une assiduité sans commune mesure : le savoir se transmet, juste sous mes yeux.

Après cet exposé botanique, nous nous rendons sur la place de l’ancien nakamal, la maison commune des hommes. C’est ici, qu’à une époque pas si reculée, ils prenaient leur repas et buvaient la kava, à l’écart des femmes et des jeunes enfants. C’était aussi le siège de la cérémonie de passage à l’âge adulte, à l’issue de laquelle le nouvel homme tire une flèche sur un aigle. Sylverio me tend un arc : j’échoue, lamentablement.
Alors qu’au loin, je remarque la femme de Sylverio qui s’affaire à dresser et décorer une table, le chef me donne un coup cours de machette, pour débourrer et ouvrir les noix de coco : tout un art !
Nous finissons par rejoindre la femme de Sylverio, qui nous concocte de petits plats typiques : chou des îles, haricots rouges et blancs qui ont cuits sur la braise dans des bambous remplis d’eau de coco. Le tout est bien évidemment accompagné de fruits exotiques, servi sur une table dressée avec des feuilles de bananiers et décorée de fleurs d’hibiscus. C’est un pur régal, pour les yeux comme pour les papilles.

Le doyen clôt notre visite par une démonstration musicale tribale, en battant des tambours faits de troncs évidés en leur centre. Au moment de partir, Sylverio nous confie, avec émotion et dans un parfait français que c’est la première fois qu’il partage les traditions de sa tribu avec des voyageurs. Honoré, je ne peux que l’encourager à continuer dans sa démarche, tout en lui conseillant de préserver autant qu’il peut ses petits joyaux.

Statut de bois à Malekula

Alors que le jour baisse, nous repartons dans la brousse pour rentrer au bungalow. C’est le sourire aux lèvres que je grave cette expérience, unique, dans ma mémoire. Durant cette journée, j’aurais appris sur les coutumes de Vanuatu plus que durant tous les jours précédents. Et ce mode de vie, en harmonie parfaite avec une nature parfois hostile, parfois clémente, me rappelle un extrait d’une oeuvre de Pierre Rabhi, intitulée « Vers la sobriété heureuse » :

La modernité est l’idéologie la plus hypocrite de l’histoire humaine. Les acquis positifs de la modernité ne sont malheureusement pas venus enrichir les acquis antérieurs, comme si le génie de l’humanité n’avait été avant nous qu’obscurantisme, ignorance et superstition.

Le site cannibale d’Amelbati

La journée s’annonce chaude, très chaude. C’est très tôt que nous partons visiter le site cannibale d’Amelbati. Il se trouve à Walarano, une petite parcelle un peu plus loin dans les terres. Eh oui, vous avez bien lu « site cannibale ». Comme je l’ai déjà dit, Malekula est connue pour son cannibalisme et nombreux sont ceux même parmi les habitants qui estiment que cette pratique n’est pas tout à fait révolue. Officiellement, la dernière victime daterait des années 1960. Officieusement, eh bien… peut-être bien que c’est plus récent.

Au détour du sentier, nous croisons des ni-vans, avec lesquels nous prendrons la pause coco de 10h. Ils font parti des 11 000 réfugiés de l’île d’Ambae, qu’ils ont dû quitter à cause du volcan Manaro, parfois d’une fureur sans pareille.

Nous arrivons enfin sur les lieux, sous une chaleur écrasante qui a même eu raison de Stephano et de sa verve. Je découvre tout d’abord les tombeaux des Grands Chefs guerriers. À l’abandon depuis fort longtemps, les têtes des chefs défunts sont éparpillées dans des sépultures délabrées. Stephano m’explique que dès l’hiver de leur vie terminé, ces chefs étaient enterrés, tête hors du sol. On leur plantait alors de petits pieux autour de la tête, au niveau du cou, auxquels on allumait un feu. La tête finissait par se détacher, et partait rejoindre celle de ses aïeules.

Site d'Amelbati sur Malekula

Un peu plus loin, Stephano me fait découvrir la sinistre « cuisine » de cette ancienne tribu cannibale. C’est ici, qu’après avoir remporté la bataille, les guerriers victorieux dégustaient leurs ennemis. Des trophées, sous forme de crânes, armes, coquillages-trompettes… Témoignent de cette époque. Néanmoins, le cadre semble être légèrement mis en scène et prête à sourire : Ossements humains, porcins ou de volailles ?

Nous rebroussons finalement chemin, en faisant un détour par un petit village, Stephano voulant saluer un ami. Bien évidemment, nous sommes invités à déjeuner. Encore étonné de l’hospitalité des ni-van, je déguste, gêné, un repas de roi : du crabe et du riz, accompagné d’une sauce à tomber par terre. Vu qu’il nous reste quelques heures avant d’aller à la rencontre de la tribu des Smol Nambas, nous partons vers un des rares coins de sable que Malekula recèle dans cette zone, pour un petit temps de farniente à l’abri du soleil.

Plage Malekula vue sur Rano

La tribu des Smol Nambas

Stephano me tire de mes songes, et m’en raconte un peu plus sur les deux tribus les plus célèbres de Malekula, celles qui doivent attirer 95% des touristes se rendant à Malekula : les Big Nambas, et les Smol Nambas. Ce nom de Nambas provient de l’étui pénien, le « namba », fabriqué à base de feuilles de bananier ou de pandanus, que portaient ces tribus dans l’ancien temps. Certaines tribus les portent encore de nos jours, d’autres les enfilent pour présenter aux voyageurs leurs traditions ancestrales. Big ou Smol (Small en bichelamar), au choix, selon la taille de cet étui pénien.
Outre cette différence de taille, d’autres particularités distinguent ces deux tribus. Géographique, par exemple : alors que les Big Nambas occupent la partie nord de l’île, les tribus des Smol Nambas se trouvent dans le Sud et le centre de Malekula. Dans la tribu Smol Nambas, la vie baigne dans une sobriété heureuse, en communion avec la nature, une agriculture de subsistance, la vie heureuse en communauté, chantant et dansant. Les big Nambas sont des tribus guerrières, beaucoup plus hostiles, qui dévoraient leurs ennemis. Comprenez donc que j’ai préféré découvrir le mode de vie plus pacifique des Smol Nambas.

Nous sommes accueillis par Amédée, chef de la tribu Nemi Gortien Ser. Je découvre un village agencé autour d’une grande place, un tambour taillé dans le bois trônant en son centre. Après un message de bienvenue, il nous explique la vie de la tribu, ses traditions et son histoire. Nous partons nous asseoir au bout de la place, dans un silence que seul le vent vient troubler.

Soudainement, j’entends les tambours, battus par Amédée et son camarade. Viennent ensuite les chants, suivis de très près par les hommes de la tribu qui arrivent en courant. Les roulements des tambours font écho aux tintements provenant de colliers de grelots, faits d’écorces de noix vides, lacés autour de leurs chevilles. Après les hommes, c’est au tour des femmes, pour une danse d’une moindre ferveur : la danse des fleurs.

Après ces danses coutumières, nous assistons à des démonstrations traditionnelles de la vie quotidienne. C’est encore une fois fasciné que j’observe des hommes allumer un feu avec deux bouts de bois, tandis que les femmes cuisinent des plats locaux comme le très célèbre lap-lap, plat traditionnel à base de tubercules comme l’igname et de lait de coco, accompagné de viande ou de poisson. Pendant ce temps-là, juste à côté, des adolescentes tressent des feuilles de palmiers pour en faire des assiettes, ou encore des jouets. Ces techniques servent aussi à fabriquer murs et toitures des cases.

Puis je découvre les dessins sur sable. Cette tradition du Vanuatu, profondément ancrée dans la culture de l’archipel, n’a pas qu’une vocation artistique. Cette « écriture », où les dessins sont exécutés à main levée directement sur le sol, dans le sable, la cendre volcanique ou l’argile se termine en une composition harmonieuse, souvent symétrique, de motifs géométriques aux allures d’arabesques. Son utilisation est multiple : contemplation, communication, transmission de rituels, de connaissances mythologiques et d’innombrables informations orales sur l’histoire locale, les systèmes de parenté, les cycles de chant, les techniques agricoles, l’architecture, l’artisanat ou les styles chorégraphiques… Et la liste est encore longue !
Malheureusement, de nos jours, ces dessins sont plutôt présentés aux touristes comme une sorte de folklore décoratif, dénaturant complètement la signification symbolique plus profonde de cette tradition à sauvegarder.

La visite se termine par une danse traditionnelle à laquelle nous prenons tous part, hommes, femmes et voyageurs, main dans la main. Avant de m’en aller, je salue Amédée qui renfile sa tenue de tous les jours : tshirt, short et tongs. Eh oui, bien qu’il cultive avec ferveur ces traditions vivaces et s’évertue de transmettre son savoir aux générations futures, Amédée se sent plus à l’aise (comme le reste de la tribu) dans des habits « de notre époque ».
Cette fin de journée sonne aussi le glas de la fin de mon séjour sur Malekula, qui a été d’une richesse incroyable. En guise d’adieu, Stephano m’accompagne jusqu’à un petit hameau voisin de Nawori Seaview Bungalow, où je vais assister à la préparation de la Kava, avant d’y goûter pour la première fois.

La matière première de la Kava est la racine de « Piper methysticum ». D’un poids compris entre 1 et 10kg, ces racines massives et épaisses de couleur grisâtre sont coupés en morceaux, avant d’être écrasées dans une broyeuse mécanique. Je mettrai même la main à la pâte ! Jadis, ce sont généralement les dents de jeunes filles vierges qui faisaient office de broyeuses.
Le conglomérat obtenu est ensuite malaxé dans l’eau, puis le jus est pressé au travers d’un linge pour le filtrer : la résine se diffuse dans l’eau. On répète plusieurs fois le processus, jusqu’à ce que ça soit prêt. Un breuvage aux allures de smecta est ainsi obtenu, dont la puissance dépend de la qualité de la préparation.
Je goûte. Alors que le breuvage court sur ma langue et glisse dans ma gorge, je découvre un goût à mi-chemin entre la terre et la réglisse. Puis, très vite, je suis gagné par une légère sensation d’anesthésie. Très bizarre. Cela ne me fera guère plus d’effet, malheureusement. Prise à jeun, la Kava permet d’atteindre un état de relaxation intense pouvant aller jusqu’à l’endormissement.

Nous rentrons à Nawori Seaview Bungalow, juste à temps pour un magnifique coucher de soleil.

Coucher de soleil sur Malekula

Le lendemain, je m’envolerai vers l’île qui viendra conclure mon périple au Vanuatu : Espiritu Santo.

Conseils pratiques sur Malekula

Que faire à Malekula ?

J’ai récemment trouvé deux sites web qui regroupent les activités à faire au Vanuatu mais aussi plus spécifiquement sur l’île de Malekula : site de l’office du tourisme du Vanuatu (en français) et Malekula travel (en anglais). Une vrai mine d’or contenant prix et informations concernant la visite du site cannibale d’Amelbati, du site historique de Wala, de la tribu des smol Nambas à Rano (que j’ai fait), mais aussi sur la visite des tribus des Big Nambas à Mae, des Smol Nambas à Hone Vaghal, un tour culturelle à l’intérieur des terres de Malekula, du snorkeling, la grotte des esprits Pialo… Et bien d’autres choses encore !

    • Visiter les tribus des Big Nambas, comme au village de Botco, dans le nord-est de l’île. Contactez isabelle.malaretditezaza sur Facebook. A faire les yeux fermés.

Où dormir à Malekula ?

      • Nawori Seaview Bungalow (2 850 VUV / nuit – petit déjeuner compris)
        Je recommande à 1000%, lisez l’article pour savoir pourquoi.

Où manger à Malekula ?

      • Nawori Seaview Bungalow : Repas du midi (500 VUV) et repas du soir (1000 VUV), la nourriture servie ici est tout simplement exquise.

Guide des transports sur Malekula

      • Faîtes du stop !

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